Historique du Jardin Georges Delaselle

Au cours d’un voyage à l’été 1897, Georges Delaselle, assureur parisien passionné de botanique, découvre l’Île de Batz grâce à son ami Étienne Masson. C’est un véritable coup de foudre. Il est fasciné par le microclimat exceptionnel de l’île, où marins et explorateurs ont, au fil de leurs voyages, acclimaté des plantes venues des quatre coins du monde. 

Convaincu du potentiel unique de ce lieu, il achète dès la fin de cette même année plusieurs parcelles de landes battues par les vents, à l’extrémité sud-est de l’île.

Encouragé par le botaniste Jean Dybowski, fondateur du Jardin d’agronomie tropicale de Paris, il se lance dans un projet audacieux : créer un jardin d’acclimatation capable d’accueillir des espèces exotiques provenant d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie.

Ce qui n’était alors qu’une dune sauvage deviendra, au fil de plusieurs décennies de travail passionné, une véritable oasis subtropicale, aujourd’hui connue sous le nom de Jardin Georges Delaselle.

De la naissance d’un rêve à la fin d’une époque (1897-1957)

De 1897 à 1918, Georges Delaselle se consacre avec passion à la création de ce véritable paradis végétal. Pour protéger les plantations des vents marins, il fait aménager une dune artificielle et creuser une vaste cuvette au cœur des dunes, parfois jusqu’à cinq mètres de profondeur, afin d’atteindre une couche de terre plus fertile. Il façonne ensuite des terrasses, des allées et un ingénieux réseau hydraulique, créant ainsi un microclimat propice à l’acclimatation de nombreuses plantes subtropicales et exotiques.

Au fil des années, il rassemble plusieurs centaines d’espèces végétales, transformant cette ancienne lande en une remarquable oasis botanique. Les travaux révèlent également un témoignage inattendu du passé : une nécropole datant de l’âge du bronze est mise au jour, rappelant l’ancienne occupation humaine de l’île.

À partir de 1918, atteint de tuberculose et convaincu que son jardin est l’œuvre de sa vie, Georges Delaselle s’installe définitivement sur l’Île de Batz pour s’y consacrer entièrement. Pendant près de vingt ans, il poursuit sans relâche son travail, y investissant une grande partie de sa fortune. Année après année, il enrichit son jardin de nouvelles essences, transformant progressivement cette terre aride en un écrin luxuriant où palmiers, plantes subtropicales et espèces exotiques s’épanouissent.

Épuisé physiquement et financièrement après près de quarante années consacrées à son œuvre, Georges Delaselle, alors âgé de 76 ans, vend le jardin en 1937 à l’industriel Robert Nast. Il fait construire à proximité la maison Ker Nevez, où il passe sa retraite avec une vue imprenable sur le jardin auquel il a consacré sa vie.

Après l’acquisition du jardin en 1937, Robert Nast poursuit le développement du domaine. Il agrandit la propriété, renforce sa protection contre les vents en plantant une ceinture de cyprès et entreprend plusieurs aménagements afin d’en assurer la pérennité. Il confie l’entretien du jardin à M. Fogeron, ancien jardinier sur l’Île de Batz, qui veille avec passion et dévouement sur les collections végétales. La Seconde Guerre mondiale interrompt cet élan. Occupé par les troupes allemandes, le jardin est réquisitionné, entouré de barbelés et subit plusieurs dégradations.

Georges Delaselle s’éteint le 29 janvier 1944, sans avoir vu son œuvre retrouver son rayonnement.

De l’abandon à la renaissance (1957-1987)

En 1957, le domaine est acquis par le comité d’établissement de Nord-Aviation (future Aérospatiale). M. Fogeron conserve ses fonctions et poursuit pendant quelques années l’entretien du jardin, perpétuant le travail engagé sous Georges Delaselle puis Robert Nast.

Le 20 janvier 1963, l’Île de Batz connaît un épisode de froid d’une intensité exceptionnelle. La température chute jusqu’à –9,2 °C, un record pour cette île au climat habituellement doux. Malgré toutes les précautions prises par M. Fogeron, alors âgé d’environ 80 ans, le gel détruit une grande partie des collections subtropicales. Les aloès, les agaves, les cordylines et de nombreuses autres espèces ne résistent pas à ces températures exceptionnellement basses.

Privé de sa richesse botanique, le jardin entre progressivement dans une période de déclin. Nord-Aviation privilégie alors l’installation d’une colonie de vacances, tandis que le jardin tombe peu à peu dans l’oubli, jusqu’à sa renaissance plusieurs décennies plus tard.

De la sauvegarde à la reconnaissance (1987-1997)

Après plus de vingt ans d’abandon, le jardin semble voué à disparaître. Les allées ont disparu sous les ronces, les murets sont effondrés et les derniers végétaux, vestiges de l’œuvre de Georges Delaselle, sont peu à peu engloutis par la végétation. Pourtant, en 1987, une poignée de bénévoles décide de relever un défi que beaucoup jugent impossible : redonner vie à ce jardin oublié.

Réunis autour d’une même passion pour le patrimoine botanique et l’histoire du lieu, ces bénévoles entreprennent les premiers grands chantiers de réhabilitation. Armés de pioches, de pelles, de brouettes et de râteaux, ils consacrent leurs week-ends à défricher le terrain, reconstruire les murets, dégager les allées et sauver les végétaux encore présents. Le travail est considérable, mais leur détermination est à la hauteur du défi.

En septembre 1987, la visite de Michel Cabanel, directeur des Parcs et Jardins au ministère de l’Environnement, marque un tournant. Il encourage la création d’une structure associative afin de soutenir durablement le projet et de faciliter l’obtention d’aides financières. Les bénévoles décident alors de rebaptiser le Jardin Colonial en Jardin Georges Delaselle, en hommage à son créateur.

Les premiers visiteurs sont accueillis dès l’été 1988, tandis que l’association « Les Amis du Jardin Georges Delaselle », est officiellement créée le 13 janvier 1989. Dès lors, les travaux de restauration s’intensifient : reconstruction des murets, remise en état du réseau d’arrosage, plantations, création d’un bassin, installation de clôtures brise-vent et accueil du public. Cette mobilisation exceptionnelle permettra au jardin de retrouver progressivement son identité botanique et d’entamer une véritable renaissance.

Du patrimoine retrouvé au jardin d’aujourd’hui (1997 à nos jours)

À l’occasion du centenaire du jardin, en 1997, le Conservatoire du littoral devient propriétaire du site, assurant sa protection à long terme et garantissant la poursuite de sa restauration. Par convention, la gestion du jardin est confiée à l’association Les Amis du Jardin Georges Delaselle, qui poursuit son engagement aux côtés d’une équipe de jardiniers.

Dès 1998, un vaste programme de restauration est engagé avec le soutien de nombreux partenaires. Les collections botaniques sont progressivement reconstituées, les aménagements historiques restaurés et le jardin retrouve peu à peu l’esprit imaginé par Georges Delaselle un siècle plus tôt.

En 2006, cette renaissance est récompensée par l’obtention du label « Jardin remarquable », décerné par le ministère de la Culture.

Depuis 2019, la gestion du Jardin Georges Delaselle est portée par Haut-Léon Communauté, en partenariat avec le Conservatoire du littoral et l’association Les Amis du Jardin Georges Delaselle. Une nouvelle étape s’ouvre alors pour le jardin, avec la volonté de préserver son patrimoine tout en renouvelant son accueil et sa mise en valeur.

En 2020, un nouveau plan de gestion est élaboré avec l’atelier Tout se transforme. Il définit les grandes orientations pour l’avenir du jardin et donne naissance à un vaste projet de réhabilitation du site, destiné à préserver son patrimoine tout en renforçant sa vocation botanique, culturelle et pédagogique.

En 2022, le jardin affirme également une nouvelle vocation : il devient un refuge pour la flore insulaire océanique menacée, grâce à une collaboration avec le Conservatoire Botanique National de Brest. Cette mission de conservation prolonge ainsi, sous une forme contemporaine, la vocation d’acclimatation et de protection des végétaux qui animait déjà Georges Delaselle.

Parallèlement, la Villa Nast, ancienne demeure liée à l’histoire du jardin, est entièrement réhabilitée. Inaugurée le 3 juin 2023, elle devient le nouvel accueil des visiteurs et abrite une scénographie consacrée à Georges Delaselle et à l’histoire du jardin, ainsi qu’un espace dédié aux expositions temporaires.

Mais quelques mois seulement après cette renaissance, la tempête Ciarán, dans la nuit du 1er au 2 novembre 2023, frappe durement le jardin, dévastant une grande partie de sa barrière boisée. Face à cette catastrophe, un formidable élan de solidarité se met en place. Fidèles visiteurs et pouvoirs publics unissent leurs forces pour sauver ce joyau botanique.

Une vaste campagne de dons et de mécénat est alors lancée en partenariat avec la Fondation du Patrimoine, afin de contribuer à la reconstruction de la barrière végétale et à la restauration du jardin.

Cette mobilisation porte ses fruits : en 2024, le Jardin Georges Delaselle est désigné lauréat finistérien du Loto du Patrimoine, porté par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern. Une reconnaissance exceptionnelle pour ce jardin, d’autant plus remarquable que les jardins et parcs représentent une part très minoritaire des sites soutenus par la Fondation du Patrimoine.

L’année 2025 s’ouvre sur une nouvelle étape. Un nouveau plan de gestion, confié à l’atelier Nāga, dessine les perspectives futures du Jardin Georges Delaselle et accompagne la création de nouvelles ambiances paysagères, dans le respect de l’esprit imaginé par son fondateur.

En 2026, cette vision prend forme avec la création d’un Jardin Néo-Zélandais, aménagé dans un espace resté fermé au public depuis la tempête Ciarán. Inspiré des paysages du bush néo-zélandais, ce nouvel espace accueille près de 150 espèces originaires de Nouvelle-Zélande, soigneusement sélectionnées et implantées avec le souci de préserver l’identité botanique et paysagère du site.

Cette nouvelle création illustre la volonté de poursuivre aujourd’hui le rêve de Georges Delaselle : faire voyager, acclimater et découvrir des végétaux venus d’autres horizons, tout en faisant évoluer le jardin face aux conditions climatiques et aux enjeux de conservation contemporains.

Aujourd’hui encore, ce jardin emblématique continue de fasciner les visiteurs par sa richesse botanique et son atmosphère envoûtante, témoin intemporel d’un rêve devenu réalité.

Dates historiques :

1897- été

Georges Delaselle visite l'île de Batz

1897

Achat d'un terrain dunaire sur la pointe Penn ar C'hléguer

1898 à 1917

Georges Delaselle dirige travaux et plantations

1918

Georges Delaselle s’installe définitivement sur l’Île de Batz

1937

Vente du jardin à Robert Nast

1939 à 1945

Le jardin subit l'occupation allemande

1944

décès de Georges Delaselle

1957

Vente à Nord-Aviation

1963

Épisode de froid d'une intensité exceptionnelle

Dès 1963

Le jardin tombe peu à peu dans l'oubli

1987

Renaissance du Jardin grâce à l'association « Les Amis du jardin Georges Delaselle»

1997

Le Conservatoire du littoral devient propriétaire du Jardin, une convention de gestion est signée entres les acteurs

2006

Obtention du label « Jardin Remarquable »

2008

Déplacement des cendres de Georges Delaselle du cimetière de l'Île-de-Batz au Jardin

2018

Fin de la gestion du Jardin par l'Association​ « Les Amis du jardin Georges Delaselle»

2019

Haut-Léon Communauté devient gestionnaire du Jardin

2020

Réalisation d'un plan de gestion établi par l'agence "Tout se Transforme"

2022

Partenariat avec le Conservatoire Botanique National de Brest

2021 - 2023

Rénovation de la Villa Nast

2023 - novembre

La tempête Ciarán, dans la nuit du 1er au 2 novembre 2023, frappe durement le jardin

2024

Campagne de dons et de mécénat avec la Fondation du Patrimoine

2025

Réalisation d'un plan de gestion établi par l'atelier Nāga

2025

Perspectives futures du jardin, annonçant la création de nouvelles ambiances paysagères et la poursuite de l’héritage visionnaire de Georges Delaselle.

Jardin et collection botanique :

Le Jardin Georges Delaselle, par son époque de conception, son thème et son vocabulaire, se rapproche d’autres jardins renommés, notamment ceux de la Côte d’Azur. Son style « paysager » et l’aménagement d’espaces distincts tels que la palmeraie, la cacteraie et la pelouse des cordylines témoignent d’une volonté d’évoquer des ambiances et des paysages exotiques, bien au-delà d’une simple volonté de collection botanique. Toutefois, l’aspect botanique, bien que secondaire dans cette démarche paysagère, demeure essentiel car il constitue le cœur même du jardin exotique. Aujourd’hui, le Jardin Georges Delaselle abrite une impressionnante collection de flore insulaire mondiale, incluant des espèces provenant des Canaries, de Madère, de l’île de Robinson Crusoé, ainsi que de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.